December 1st, 2009
Blast Magazine
Création à tout prix
by Marie Le Fort
Pharrell Williams, Lenny Kravitz, Christian Louboutin, Silvia Fendi, Zaha Hadid, Marc Newson... La liste des stars internationales, créateurs, designers et architectes à avoir jeté leur dévolu sur Miami et son Design District ont transformé la capitale du sud en une destination tout à la fois hype et arty. Pour collectionneurs avisés uniquement. Rendez-vous en décembre 2009 pour Art Basel/Miami et The Limited Edition Experiences, un concept qui risque de faire des émules dans le milieu de la mode.
Il arrive un temps où les villes doivent sortir de l’enfance pour passer à l’âge adulte. Une transition opérée par Miami ces dernières années, qui fut récemment décrite par l’écrivain local David Leddick comme la “New York du XXIe siècle”. Alors que la ville se déride, plongée dans une frénésie propre au milieu de l’art contemporain, les clichés, qui classent Miami au rang de capitale de la chirurgie esthétique et des apparences surfaites, sont soumis à rude épreuve. Ancienne station balnéaire art déco, la métropole du sud s’est récemment débarrassée de sa réputation de Miami Vice ou Deux Flics à Miami – tout en restant LA capitale sexy par excellente – pour f lirter avec le monde de l’art et afficher son penchant pour le design à l’occasion d’Art Basel Miami qui se tient chaque année en décembre. Retour sur une success story à l’échelle internationale.
“Miami est un melting-pot multiculturel et ethnique, où toutes les minorités sont représentées. C’est une ville pleine de contradictions, ce qui est toujours un formidable creuset pour l’expression artistique. En lien direct avec les galeries sud-américaines les plus influentes, Miami joue le même rôle que Bâle en Europe : celui d’une plateforme tournante. C’est forte de ce contexte architectural que Miami peut aujourd’hui rayonner sur la scène internationale de l’art contemporain et du design”, commente Samuel Keller, fondateur d’Art Basel Miami, avant de laisser la parole au fondateur de Design Miami, Craig Robbins. “Dès le départ, nous avons cherché à réinventer la foire en diversifiant les manifestations culturelles tout en misant sur l’esprit festif propre à Miami pour créer un rendez-vous des plus branchés”. Miami s’est alors transformée dans la foulée de cet événement : de nouveaux hôtels ont investi les immeubles art déco, comme le Setai – sans doute l’un des meilleurs hôtels du monde pour la qualité du service – au sein duquel Lenny Kravitz installa son propre studio d’enregistrement. La folie Miami était lancée.
“Miami regroupe le plus grand nombre de collectionneurs d’art contemporain au monde, pour autant, il y a peu de galeries. La ville a un potentiel inouï : elle fait le lien entre la scène new-yorkaise, trop stéréotypée, et le bouillonnement artistique sud-américain. Elle est une sorte de ‘nouvelle frontière’ au sud. Relativement neutre, toutes les idées peuvent s’exprimer et on peut encore y acheter de grands espaces à relativement bon prix ; c’est une ville mentalement ouverte, une sorte de kaléidoscope créatif ”, nous confient Don & Mera Rubell, fondateurs et propriétaires de la fameuse Rubell Family Collection, riche de 6 000 oeuvres accumulées depuis les années 60. Jouxtant un quartier portoricain, ils ouvraient, en 1996, une fondation de 4 000 m² dans un ancien entrepôt réservé au stockage des armes confisquées. Il n’y avait alors rien dans le quartier et l’on doit à des initiatives privées, l’essor de Miami en tant que capitale créative. Comme l’intervention de Craig Robbins sans laquelle le Design District n’aurait jamais vu le jour.
Un collier d’escarpins violet signé par l’artiste Ted Noten autour du cou, Craig Robbins se présente comme un jeune loup que rien ne semble pouvoir arrêter. Mécène actif et natif de South Beach, Craig Robbins est un homme providentiel. Ambitieux, il est avec Samuel Keller à l’origine de la transformation de la ville: “Aujourd’hui, Art Basel Miami et Design Miami sont les deux symboles du rôle essentiel que Miami joue sur le plan culturel international”, commente-t-il. En quelques années, le jeune promoteur immobilier – Craig Robbins est en effet à la tête de DACRA, une puissante société immobilière qui détient les murs de 18 blocs au coeur du Design District – a transformé le quartier d’entrepôts tombés en désuétude en un creuset artistique. S’il a fait appel à Zaha Hadid pour étirer ses structures organiques au coeur de l’historique Moore Building, pierre angulaire au sein du Design District, Marc Newson a, quant à lui, imaginé une barrière de 30 mètres de long qui vient délimiter la cour de l’École de design et d’architecture de la rue principale. Une collection en plein air exemplaire appelée à s’étoffer chaque année, chaque Designer of the Year se voyant commander une installation urbaine permanente.
Depuis toujours, Craig Robbins mise sur la créativité comme modèle économique, la singularité d’une pièce, d’un lieu, d’un quartier qui appréhende dès lors comme une pièce unique. “Je considère mon entreprise comme une entreprise créative : jouant le puissant rôle de catalyseur, elle seule permet de créer de la valeur. Et de surfer sur la vague en période de crise. En quelques années seulement, Miamiest devenue un laboratoire expérimental et créatif qui a acquis sa propre notoriété internationale”, explique-t-il.
Renforçant la caution Art & Design du quartier, Craig Robbins s’attaque désormais à la Mode en inaugurant, le 30 novembre prochain, The Limited Edition Experiences. “En insuff lant une dynamique culturelle au sein du Design Disctrict, nous sommes parvenus à fédérer la communauté artistique locale. Misant sur un esprit de quartier à l’européenne, nous avons peu à peu changé la donne et les mentalités qui voulaient que les showrooms de décoration ne soient accessibles qu’aux seuls professionnels. Nous avons cassé les barrières, fait venir des marques de design international clés – comme Kartell, Cappellini, Poltrona Frau, Vitra…– avant de venir ajouter des restaurants, des studios d’artistes et espaces d’exposition alternatifs”. Aujourd’hui, avec The Limited Edition Experiences, ce sont les plus grandes marques de mode – Marni, Y3, Christian Louboutin, Fendi – qui investissent le Design District avec des concepts stores ou pop-up stores qui entendent redéfinir les codes du luxe aujourd’hui. À l’image de l’événement Craft Punk dévoilé avec la complicité de Silvia Fendi à Milan en avril dernier qui présentait autant de pièces uniques, Craig Robbins et son équipe misent sur une expérience de mode ‘custom’ pour révéler le meilleur des marques. Investissant le Moore Building, Silvia Fendi proposera une sélection d’une vingtaine de pièces design en édition limitée au sein de sa “F Factory”, espace de vente qui jouera également le rôle de catalyseur culturel. À découvrir in situ pendant Design Miami. Sinon, vous pourrez, au choix: partir à la découverte d’un pop-up store signé Pharell Williams. Pousser la porte d’un salon privé et se faire confectionner un tailleur sur mesure “Gangster Chic” par le New-Yorkais Duncan Quinn en admirant quelques dessins de Goya de la collection privée de Craig Robbins. Pénétrer l’univers rough-chic de Tomas Maier au sein de son tout nouvel espace... Sous l’impulsion de Craig Robbins, l’antimondialisation semble en marche à Miami, l’esprit fun en plus!